jeudi 16 août 2012

Estimation des populations d’écrevisses de Louisiane


Un article récent du BFPP (Bulletin Français de Pêche et de Pisciculture) renommé Knowledge and management of aquatic systems traite de l’«  Estimation de la taille de populations d’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii) dans des étangs de pisciculture (Brenne, Central France) » par A. Coignet_, F. Pinet, C. Souty-Grosset, juin 2012.

C’est cet article qui me sert de base au post d’aujourd’hui (l’article est consultable ici : Article)

1/ L’écrevisse de Louisiane. 

L’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii) est originaire du Mexique et du Sud est des États-Unis et, comme son nom l’indique, est très abondante en Louisiane. Elle est considérée comme l’espèce d’écrevisse écologiquement la plus « plastique », ce qui lui permet d’être la plus répandue dans le monde. En Europe, elle a été introduite délibérément  par l’homme à des fins commerciales dans les années 60.
Contrairement aux espèces d’écrevisses indigènes d’Europe (qui appartiennent à la famille des Astacidées), P. clarkii est capable de tolérer des conditions de vie difficiles (périodes sèches de plusieurs semaines, eaux stagnantes moins claires, plus forte salinité) que les espèces européennes. Elle est donc capable d’occuper une grande variété d’habitats.
Ses fortes capacités de résistance à des milieux difficiles, sa capacité importante de reproduction (parfois 2 pontes par an, une seule pour l’écrevisse autochtone) et le fait qu’elle soit porteuse saine du champignon Aphanomyces astaci fait d’elle une espèce invasive et très nuisible à notre espèce protégée qu’est l’écrevisse à pattes blanches.
La réglementation concernant cette espèce est donc aujourd’hui très restrictive : pas de transport vivant, pas de commercialisation. En outre, chaque spécimen pêché ne doit pas être remis à l’eau à moins qu’il ait été châtré.
Crédit photo Muséum d’histoire naturelle
écrevisse de Louisiane

2/ L’écrevisse de Louisiane dans les étangs de la Brenne - estimation de la taille de la population

L’espèce a été découverte récemment dans les étangs, en 2007, preuve qu’elle continue son expansion en France, malgré les diverses mesures restreignant son transport. En 2011, 10 foyers d’infestation étaient identifiés dans le parc.

L’article du BFPP, après avoir rappelé le niveau de présence de l’espèce à l’échelle européenne, présente la méthode de capture-marquage-recapture comme étant la plus efficace actuellement à l’application des crustacés (j’avais déjà mentionné cette méthode dans l’article concernant les écrevisses à pieds blancs). Elle est communément appelé CMR.
Toutefois la méthode testée ici présente quelques singularités. En effet, les écrevisses ont été marquées sur la tête, tel que nous l’indique la figure suivante.
marquage

Les captures sont réalisées à l’aide de nasses cylindriques, qui sont laissées dans les secteurs à étudier durant un maximum de 24h (plus longtemps, de la prédation pourrait biaiser les résultats). Le choix des nasses plutôt que de relevés visuels par l’homme est nécessaire pour couvrir une plus grande surface mais aussi en raison de la diversité des milieux, parfois profonds et parfois turbides.
La taille des populations est ensuite estimée en faisant une analyse différentielle entre les écrevisses marquées et non  marquées au cours des journées successives de captures, via un logiciel « MARK » (développé par  White et  Burnham en  1999: CA-Visual Objects 2.0 Standard Application).
Parmi les résultats marquants de l’étude, on note que pour que l’estimation de la taille de la population soit la plus réaliste possible, la pression de capture doit être importante (avec une probabilité de capture de plus de 30%).

La méthode n’a pas permis de prendre les juvéniles et les écrevisses de moins de 5 cm. Toutefois, le sex-ratio « total » est respecté mais il change en fonction de la saison et de l’emplacement des nasses. Ceci montre un clivage de la population puis un regroupement en période de reproduction.
Des femelles grainées ont été capturées avec une quantité d’œuf comprise entre 90 et 339 !
En revanche, un effet de la saisonnalité semble affecter les résultats quant à la taille de la population. Il semblerait alors préférable de conduire les investigations à la fin de l’hiver ou au cours de l’été. Mais ça, selon moi, il me semble qu’il ne s’agit pas d’une découverte. Une telle méthode basée sur l’activité des écrevisses nécessite forcément que les écrevisses soient actives. Or, l’espèce tend à hiverner…
Et pour illustrer globalement la problématique des écrevisses de Louisiane, voici un reportage du journal de  France 2,  en 2009

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire