dimanche 24 juin 2012

La gambusie face aux moustiques, amie ou ennemie ?

C’est l’été… !  (Enfin il parait…) Et donc la saison des moustiques !

En 1924, en Corse  puis entre 1927 et 1931, sur le continent, plus particulièrement en Camargue, il a été introduit une petite espèce  appelée Gambusie (Gambusia affinis). C’est un petit poisson (3 à 7 cm) d’eau douce – des eaux calmes – parfois appelés “guppy sauvage”. Son régime alimentaire est constitué, entre autre, de larves de moustiques et c’est pour cette raison que ce poisson a été employé comme agent de lutte biologique, auxiliaire de démoustication partout dans le monde.

Il est originaire d’Amérique centrale et de Floride – lieux où il est connu sous les noms de « mosquito fish » ou de « pez mosquito ».

Elle a de plus la particularité d’être le seul poisson vivipare de notre ichtyofaune (et ainsi, la survie de la frai est plus important). Les introductions ont été en général des succès, mais plus ou moins durables et complets ! Cette espèce présente a priori l’avantage de ne pas prendre la place d’une espèce indigène ni s’attaquer à des proies utiles à l’écosystème. Je dis « a priori » car les opérations ont rarement été accompagnées d’études entomoichtyologiques, permettant de s’en assurer…

gambusie
 Photo issue de”global invasive species database” http://www.issg.org

En Camargue, Crivelli et Boy, en 1987, ont décrit et analysé les variations du régime alimentaire de la gambusie. Hors période de reproduction, elle consomme surtout des petits crustacés, copépodes et cladocères ; en revanche, de juin à septembre, elle s’intéresse surtout aux insectes. Tout au long de l’année, ceux-ci sont à la fois des insectes du fond, larves de diptères chironomidés et empididés, et des insectes de surface, comprenant des espèces aquatiques (adultes et nymphes de diptères, collemboles et trichoptères) et des espèces terrestres (surtout des fourmis).

L’été, la gambusie consomme plus d’insectes aquatiques : imagos et larves de coléoptères, hémiptères, odonates, éphéméroptères ; à quoi elle ajoute un peu d’hydracariens mais pas spécialement friand de moustiques.

On peut alors se demander si les gambusies ne sont réellement pas nuisibles aux poissons locaux ?

Quelques cas ont été reportés où l’on a trouvé des alevins de poissons indigènes dans leur tube digestif. Aux États-Unis, dans les ruisseaux des montagnes de Santa-Monica, on a retrouvé une forte proportion de têtards d’une reinette (Hyla regila) dans l’estomac de Gambusies qui avaient pourtant beaucoup de moustiques à leur disposition ; mais la reinette demeure abondante.

gambusie dessin
Dessin issu de”global invasive species database”

Les gambusies, opportunistes, ne consomment au final les moustiques que s’ils sont relativement nombreux. En absence de ceux-ci,  elles trouvent néanmoins facilement de quoi se nourrir ce qui permet un fort maintien de l’espèce. D’une façon générale, en tant qu’agents de lutte, les Gambusies sont jugées efficaces si on les introduit avant la pullulation de leur cible et inefficaces contre des populations de moustiques bien installées.

Par conséquent, en France, aujourd’hui, on ne considère plus la gambusie comme efficace en matière de démoustication, mais elle est désormais bien présente. Elle est même quasiment partout à proximité des côtes, même dans des secteurs où elle n’a pas été introduite en vue de la démoustication : comme le canal de Nantes à Brest…

L’avenir et surtout les pêches électriques nous diront avec le temps si encore une fois ce type d’introduction était “sans conséquence”… Dans certains pays (nouvelle Calédonie), elle revêt le statut d’espèce envahissante.

Pour écrire cet article, je me suis inspiré d’un article écrit par Alain Fraval et publié dans la revue « Insecte » Revue d’écologie et d’entomologie de l’Office Pour les Insectes et leur Environnement -  n°125, 2002.

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