lundi 20 juillet 2015

Anodonte


Il y a quelques jours, sur le terrain pour une vidange de plan d'eau, un membre de l'asso de pêche locale ("La brème chalonnaise", autant faire un peu de pub à ce pêcheur passionné et passionnant) m'a montré une zone d'accumulation de coquilles d'anodontes à proximité d'un terrier de ragondin. Si je connais bien le bivalve, je n'avais jamais repéré cette prédation.

Zone d'accumulation de coquilles d'anodontes, découverte suite à l'abaissement du plan d'eau. A droite, 2 trous de ragondins.

L'occasion pour moi de parler un peu d'une espèce méconnue, même si elle n'a pas de statut de protection particulier.


Les anodontes sont souvent appelées moules d'eau douce ou moule d'étang bien que cette appellation de "moule" regroupe de nombreuses espèces différentes, dont les moules perlières ou d'autres espèces protégées... Il est donc dommage de tout mettre dans le même panier et le terme "anodonte" (masculin) est donc préférable pour la différencier des espèces de la famille "Margaritifera".

 1. Description

Les anodontes Anodonta anatina sont reconnaissables par leur très grande taille, jusqu'à 20 cm, ce qui en fait le plus grand mollusque d'eau douce européen. Elles ont aussi une longévité (hors prédation par les ragondins, les carpes ou les rats musqués ...) pouvant dépasser 150 ans. 


L’anodonte vit enfoncée dans le fond des eaux calmes : étangs, rivières. Comme tous les bivalves, elle filtre l'eau pour se nourrir d'organismes microscopiques en suspension. Cela en fait un bioaccumulateur de choix pour tous les toxiques présent dans l'eau. 

Elles peuvent se déplacer sur le fond grâce à un pied unique, très lentement certes. 


2. Cycle de vie

l'anodonte est hermaphrodite et peut pondre environ 400 000 oeufs par an. Leur développement, avant métamorphose, s'effectue en étant fixé aux écailles ou nageoires d'un poisson hôte. Ce type de parasitisme, n'a pas d'impact négatif pour le poisson porteur des larves.

Jackie Madill © Projet sur la biodiversité de la rivière Frenchman, Canada, 2005

Les larves d'anodontes (et de moules), avant métamorphose sont appelées "glochidies".

3. Symbiose avec la bouvière

Le poisson hôte des larves de moules peut être la bouvière, espèce avec laquelle, l'anodonte présente ce qu'on appel un "parasitisme réciproque". En effet si l'anodonte a besoin d'un poisson hôte pour se reproduire, la bouvière a besoin d'une moule hôte pour accueillir ses propres larves. 

En avril, juin, la bouvière femelle dépose ses ovules dans une moule grâce à un long tube (ovipositeur). A cette même période, le mâle se trouvant dans le territoire va émettre sa semence dans l'eau et cette dernière va être aspirée par la moule lors de sa filtration. Ainsi, la fécondation des œufs de bouvière se fait au sein même de l'anodonte. L'anodonte est alors une nounou de choix puisqu'elle protège les oeufs de la prédation tout en assurant leur oxygénation grâce à la filtration. Les alevins quittent la moule vers 2 à 3 semaines.

Origine de la photo http://garonne-midi-pyrenees.n2000.fr/les-rivieres-concernees/garonne-aval/habitats-naturels-et-especes-animales
Notons que la bouvière, quant à elle, bénéficie de plusieurs statuts de protection (convention de Bern,  Annexe II de la directive Habitats Faune-Flore). Elle est protégée notamment en raison de la raréfaction des moules lui permettant d'assurer son cycle de vie.


4 commentaires:

  1. fontanelli julien31 juillet 2015 à 14:32

    Passionnant merci. J'ai aussi remarqué la prédation des ragondins sur ce coquillage... et jeconnais des zones avec une bonne concentration d anodontes dans le Sud de la France. Encore merci pour votre travail et le partage.

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    1. C'est donc un bon indicateur cette accumulation de coquilles. Merci pour votre commentaire.

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  2. Le vidage, pour travaux, de l'étang des Noues à Cholet fait apparaître quantité de ces anodontes. Mais est-ce que quelqu'un se charge de les préserver??

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