mardi 12 février 2013

Le roi des sources guadeloupéen

"Ouassou" ? Quel drôle de nom !

En créole, ce mot désigne le "roi des sources". Ils sont parfois appelés "z'habitants des rivières" et il s'agit d'une crevette géante qui a presque des allures d'écrevisses. D'ailleurs, le terme d'écrevisse est parfois improprement utilisé mais le nom latin confirme qu'il s'agit de sa cousine :
     Macrobrachium carcinus

  Il n'y a pas d'écrevisses en Guadeloupe mais en revanche, il y a plusieurs espèces de crevettes. Toutefois, cette dernière présente des milieux de vie relativement proche de l'écrevisse : les sources, les zones profondes des cours d'eau clairs et oxygénés. En Guadeloupe on comprend vite l'importance que revêt ce roi des sources dans le patrimoine naturel. 


Les ouassous sont aussi intimement lié au patrimoine culinaire de la Guadeloupe. Toutefois, cette espèce étant assez agressive et difficile à conserver en aquarium, en élevage, c'est une autre espèce, proche qui est élevée (Macrobrachium rosenbergii).



Cette crevette a des caractéristiques assez étonnantes. Sa taille d'une part qui peut atteindre 40 cm et près de 1kg. , sa capacité à remonter assez haut en altitude (500 m) et son cycle biologique qui associe une phase adulte en eau douce et plusieurs phases larvaires dont une phase en eau plus saumâtre (en estuaire des cours d'eau où elle vit). 

Elle est  omnivore au stade adulte, se nourrit de déchets végétaux, de fruits, de cadavres. Elle est agressive et défend un territoire ; il est rare de trouver plus d’un couple par nasse lors des inventaires menés par les scientifiques. Ce comportement territorial à l’origine d’un cannibalisme important explique le choix pour l’élevage de l’espèce indonésienne moins agressive. 

A la période de reproduction, qui correspond à la saison des pluies, les femelles ovigères (elles portent de 50 000 à 100 000 oeufs sous leur abdomen) migrent vers les estuaires, où les larves vont éclore et se développer dans un milieu saumâtre en se nourrissant de minuscules proies vivantes du plancton. 
 

Dans les rivières, on les observe assez facilement. J'ai pris cette petite vidéo en pleine journée, dans un bassin en aval d'une cascade




Dans le milieu naturel, les populations autrefois abondantes, ont régressé au cours des 30 dernières années. Une des première cause est l'absence totale de règlementation de la pêche. La capture de femelle ovigère est alors possible.... ! Mais il y a aussi la modification des habitats naturels et des pollutions liées à l’épandage de produits toxiques. Une nouvelle cause est observée avec la réfection des routes en bord de mer et le busage qui en découle parfois : les estuaires sont ainsi modifiés, la continuité écologique n'est plus toujours assurée et les femelles ne peuvent venir déposer leurs larves en eaux saumâtres.

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