mercredi 9 mai 2012

La Loue : chronique d'une mort... pas annoncée par la DCE

La Loue (25-39) : le paradis des pêcheurs, une rivière magnifique, des ombres communs comme on en trouve peu ailleurs et une population de truite fario “à 3 bandes” exceptionnelle. Un cadre idyllique, une eau claire : c’est un des fleurons des rivières de Franche-Comté…

Et moi, qui ai vécu à quelques longueurs de canne à pêche de cette rivière et qui ai pu travailler dessus lors de mon passage à la fédération de pêche du Jura, je ne peux que m’émouvoir de ce mal qui la ronge depuis quelques années….

Rappelons nous :
En 2010, des mortalités de truites, d’ombres et de chabots  de janvier à mai 2010, avec un pic estimé
en avril.
En 2011 ces mortalités ont eu lieu  de février à avril, puis de novembre à décembre.

Voici une série de photos de truites de la Loue (champignon Saprolegnia sp.) Clichés collectif LRC issu de http://baladesnaturalistes.hautetfort.com

Un groupe d’expert s’est alors formé pour comprendre ce phénomène (ONEMA, CNRS, Université de Franche-Comté). Le rapport d’expertise vient de paraître (mars 2012, accessible sur le site de l’ONEMA).

Voici de manière très synthétique les résultats (le rapport complet est ici  ). Ce qu’on peut en retenir c’est que encore une fois, ce n’est pas une cause mais des causes qui, dans leur mosaïque,  génèrent un dérèglement difficilement contrôlable.
  • Mortalité de poissons et développements massifs des cyanobactéries n’ont pas de lien direct entre eux mais qu’en
    revanche, ils traduisaient un mauvais fonctionnement de la Loue.
  • Trois communautés biologiques majeures (algues, macro-invertébrés benthiques et poissons) présentent un état très dégradé :  faible diversité et/ou par des abondances limitées.
  • Disparition de certaines espèces de macro-invertébrés (des insectes pour la plupart), sensibles et exigeantes en termes de qualité du milieu, et leur remplacement par des espèces plus tolérantes.  Elle semble traduire à la fois un excès de nutriments dans l’eau (notamment de phosphore), la présence probable de polluants d’origines diverses, et une dégradation de l’habitat de la rivière.
  • Les données disponibles sur la qualité chimique des eaux ne permettent pas de caractériser, de façon satisfaisante, l’état trophique de la rivière et notamment les flux de phosphore et d’azote.
Compte tenu des données disponibles, l’hypothèse la plus probable expliquant les mortalités exceptionnelles de poissons observées en 2010 et 2011, est le mauvais état général des populations résultant de la dégradation globale de la qualité de
la rivière depuis plusieurs décennies. Dans un tel contexte, les poissons présenteraient une vulnérabilité exacerbée, les rendant plus sensibles aux changements de certains paramètres de leur environnement.

Parmi les paramètres susceptibles d’être directement impliqués, on peut évoquer la température, l’oxygène et les pathologies piscicoles comme les Saprolègnes.
Ce qui a évolué en 30 ans :
  • Conductivité, température de l’air, nitrates,
  • Évolution du bassin versant (population, eaux usées, pratiques agricoles - lisier),
  • Repeuplement piscicoles
Les recommandations opérationnelles :
  • Maîtrise des flux de nutriments
  • Rétablir la liberté de la rivière, la continuité : limiter le nombre de zones à faible débit qui favorisent le réchauffement des eaux et les proliférations d’algues et de cyanobactéries.
  • Encadrer et  contrôler  l’état sanitaire et de la qualité des souches des poissons déversés lors des repeuplements
  • Du fait du contexte karstique qui rend les rivières franc-comtoise plu vulnérables, une exigence plus élevée
    concernant les activités humaines polluantes est nécessaire
En conclusion, une grande question peut être soulevée. Comment une rivière, qui depuis 3 ans subit des mortalités importantes de poissons (dont une espèce patrimoniale telle que l’ombre commun,) peut-elle être caractérisée en “bon état écologique”selon les critères de la DCE?

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